Le label « fait maison » désigne tout plat cuisiné sur place à partir de produits bruts, selon une réglementation encadrée par la loi depuis juillet 2014. Ce logo officiel (une casserole surmontée d’un toit) est affiché volontairement par les restaurateurs sur leur carte.
Mais derrière cette image rassurante se cachent des règles précises… et quelques zones floues. Quels produits peuvent entrer dans un plat « fait maison » ? Comment le restaurateur obtient son label ?
Dans cet article, 1001 Goûts décrypte la définition légale du label, les produits autorisés ou non, le fonctionnement des contrôles, les sanctions encourues, et la différence avec le titre de Maître Restaurateur.
Qu’est-ce que le label « fait maison » exactement ?
Le label « fait maison » est une mention officielle créée par la loi Hamon du 17 mars 2014, précisée par le décret du 11 juillet 2014 et actualisée en mai 2015. Son objectif est clair : permettre aux consommateurs de distinguer un plat cuisiné sur place d’un plat issu de l’industrie agroalimentaire, simplement réchauffé ou assemblé.
Selon le Code de la consommation (articles D122-1 à D122-3), un plat peut porter cette mention s’il est élaboré dans les locaux du restaurant à partir de produits bruts, c’est-à-dire des aliments crus et non transformés avant leur réception par le restaurateur. L’idée est simple : valoriser le savoir-faire culinaire et redonner de la transparence aux consommateurs.
Un logo, pas une certification
Attention à un point essentiel : le label « fait maison » n’est pas une certification au sens strict. Il n’existe aucune procédure d’homologation, aucun organisme qui valide la demande avant l’affichage. C’est le restaurateur lui-même qui juge s’il est éligible et appose le logo sur sa carte, son site ou sa vitrine.
Qui peut afficher cette mention ?
Tous les établissements de restauration commerciale peuvent s’en prévaloir : restaurants traditionnels, chaînes, restauration rapide, food trucks, traiteurs, marchés, stands éphémères… En revanche, la restauration collective (cantines, cafétérias) en est exclue, tout comme les plats préparés par une cuisine centrale pour être livrés dans d’autres établissements.

Quels produits sont autorisés dans un plat « fait maison » ?
La définition d’un « produit brut » est centrale. Il s’agit d’un aliment qui n’a subi aucune modification importante avant sa réception par le restaurateur : pas de chauffage, pas de marinade, pas d’assemblage avec un autre ingrédient. Le restaurateur peut ensuite le transformer à sa guise dans sa cuisine.
Le cas des surgelés : peuvent-ils bénéficier du label « fait maison » ?
Oui, et c’est souvent une surprise. Un légume surgelé nature, une viande hachée crue congelée ou un filet de poisson surgelé sont considérés comme des produits bruts, donc utilisables dans un plat « fait maison ». La condition : ces produits doivent être crus et non assemblés avant leur livraison. Autrement dit, votre plat de poisson peut être cuisiné avec du cabillaud surgelé et revendiquer la mention.
Les exceptions que la loi admet
Certains ingrédients non bruts sont expressément autorisés, car le consommateur ne s’attend pas à ce qu’un restaurateur les fabrique lui-même. C’est le cas des produits suivants :
- Fromages, matières grasses, crème fraîche, lait
- Charcuteries et salaisons (sauf les terrines et pâtés, qui doivent être faits maison)
- Pain, farine, levure, sucre, sel, épices, condiments (vinaigre, cornichons…)
- Café, fruits confits, pâtes et fonds de sauce du commerce
- Produits fumés et salaisons (poissons fumés, rillettes de poisson)
| Quels ingrédients sont autorisés dans un plat « fait maison » ? | |
| Autorisés | Interdits |
| Légumes crus (frais, congelés, surgelés) | Plats industriels précuisinés |
| Viande crue, poisson cru, volaille | Frites surgelées (pommes de terre) |
| Œufs, laitages, farine, épices | Sauces industrielles prêtes à l’emploi |
| Pain, beurre, huile, fromages du commerce | Entrées ou desserts déjà assemblés |
| Charcuteries (sauf terrines/pâtés maison) | Produits chauffés ou marinés à l’avance |
| Produits fumés, salés ou sous vide (crus) | Plats livrés par une cuisine centrale |
Comment un restaurateur obtient-il ce label ?
La démarche est entièrement volontaire et sans contrôle préalable. Le restaurateur qui estime que ses plats répondent aux critères peut simplement apposer le logo sur ses supports de communication : menu, ardoise, vitrine, site internet…

La seule contrainte graphique est de respecter la charte officielle du logo (couleur noire ou blanche selon le fond, taille minimale de 5 x 6 mm).
L’établissement doit également afficher de manière visible la mention réglementaire : « Les plats « faits maison » sont élaborés sur place à partir de produits bruts. » Cette phrase doit apparaître même si tous les plats de la carte ne sont pas éligibles. Dans ce cas, le logo est placé plat par plat, en face de ceux qui respectent les critères.
Aucune démarche administrative, aucun dossier ni aucune cotisation n’est obligatoire. C’est cette simplicité qui fait à la fois la force et la faiblesse du dispositif : accessible à tous les restaurateurs honnêtes, mais aussi utilisable par ceux qui ne respectent pas les règles.
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Y a-t-il des contrôles et que risque-t-on en cas d’abus ?
Si la démarche est libre, elle n’est pas sans cadre. La DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) effectue des contrôles réguliers et inopinés dans les établissements de restauration. Ses agents peuvent vérifier à tout moment que la mention est justifiée.
Ces contrôles sont a posteriori, c’est-à-dire qu’ils interviennent après que le restaurateur a commencé à afficher le logo. Concrètement, les inspecteurs examinent les bons de livraison, les factures fournisseurs et les fiches techniques de recettes pour vérifier la nature des ingrédients utilisés.
En cas d’abus, les sanctions sont sévères. L’utilisation frauduleuse de la mention constitue une pratique commerciale trompeuse au sens du Code de la consommation, punissable de 2 ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende. À cela s’ajoute le risque d’une mauvaise réputation, particulièrement important à l’ère des avis en ligne.
Label « fait maison » vs « Maître Restaurateur » : quelle différence ?
Ces deux mentions coexistent souvent dans l’univers de la restauration et sont fréquemment confondues. Pourtant, elles n’ont ni le même poids, ni la même portée.
La mention « fait maison » porte sur un plat : elle dit que cette assiette précise a été cuisinée sur place à partir de produits bruts. Le titre de Maître Restaurateur, lui, porte sur l’ensemble de l’établissement : cuisine, service, hygiène, accueil. Il est délivré par la préfecture après un audit réalisé par un organisme indépendant, pour une durée de 4 ans. Les restaurateurs portant ce titre ont l’obligation de proposer uniquement du fait maison sur toute leur carte.
| Fait maison vs Maître Restaurateur | ||
| Critère | Mention « Fait maison » | Titre Maître « Restaurateur » |
| Certification | Aucune (auto-déclaration) | Audit par organisme indépendant |
| Durée de validité | Permanente | 4 ans, renouvelable |
| Porte sur | Chaque plat individuellement | L’ensemble de l’établissement |
| Logo officiel | Casserole + toit | Double R |

Pourquoi ce label compte pour ceux qui veulent manger sain et local ?
Le label « fait maison » s’inscrit dans un mouvement plus large : celui d’une consommation alimentaire plus consciente, plus transparente. De plus en plus de Français cherchent à savoir ce qu’ils mangent, comment c’est préparé, et par qui.
Ce label est un premier filtre utile. Il distingue les cuisines qui travaillent vraiment leurs produits de celles qui se contentent de réchauffer. Mais il ne dit rien sur l’origine des ingrédients : un plat peut être fait maison avec des légumes importés, des viandes d’élevage intensif ou des surgelés industriels.
Les professionnels des métiers de bouche qui souhaitent valoriser leur savoir-faire artisanal peuvent aussi rejoindre la communauté 1001 Goûts pour se faire connaître et s’approvisionner auprès d’autres producteurs de qualité.

Questions fréquentes sur le label « fait maison »
Oui. Les commerces non sédentaires (food trucks, marchés, stands de foire) et les traiteurs bénéficient d’une exception : leurs plats peuvent être en partie préparés hors du lieu de vente, à condition qu’ils soient réalisés par le même professionnel.
Non, et c’est une confusion fréquente. La mention indique que le plat a été cuisiné sur place à partir de produits bruts, mais ces produits ne sont pas forcément locaux, frais ou bio. Elle ne certifie ni la fraîcheur, ni l’origine géographique, ni le mode de production des ingrédients.
Non. Son usage est entièrement facultatif. Un restaurateur qui cuisine tout sur place n’a pas l’obligation d’afficher le logo. En revanche, s’il choisit de le faire, il doit respecter les critères légaux et si le logo est affiché, la phrase réglementaire d’explication doit également être visible.
Oui. Un restaurateur peut avoir une carte mixte : certains plats faits maison, d’autres non. Dans ce cas, il appose le logo uniquement en face des plats éligibles. Seuls ces plats labellisés doivent respecter les critères.
Quelques indices pratiques : une carte courte et saisonnière est souvent le signe d’une vraie cuisine sur place. Un menu trop chargé avec des plats toutes saisons confondues peut au contraire signaler un recours aux produits industriels.
Non. La mention « fait maison » est strictement limitée aux établissements de restauration commerciale et à la vente à emporter de plats préparés. Elle ne s’applique pas aux produits vendus en grande surface, en épicerie fine ou en ligne. Sur ces circuits, d’autres labels (Bio, AOC, Label Rouge…) jouent un rôle similaire d’information.
Le label « fait maison » : un premier pas vers le mieux manger
Le label « fait maison » est un outil utile pour s’orienter dans le paysage de la restauration. Il dit l’essentiel : ce plat a été cuisiné ici, par un vrai cuisinier, à partir d’ingrédients non transformés. C’est déjà beaucoup, dans un secteur où les trois quarts des établissements travailleraient, selon certaines estimations, avec des produits industriels préparés.
Mais pour savoir ce qu’il y a vraiment dans votre assiette (d’où viennent les ingrédients, comment ont-ils été cultivés ou élevés, qui les a produits), il faut aller plus loin. C’est précisément là qu’une communauté qui met en relation directe consommateurs et professionnels engagés entre en jeu.
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